Nouvelle interview today sur le blog ! Cette semaine, il s’agit de l’artiste performeuse Chatte Chatoyante de Montpellier. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, cette grande dame a quelque chose d’assez fou et sauvage. Sa façon de se mouvoir, de se mettre en scène m’émeut littéralement. Cette nana c’est un joyau brut. Oui ! vous avez bien lu ! UN JOYAU BRUT.

J’ai souvent pensé que mon amour de la danse venait du fait que je venais d’une famille de malentendants. Comme un besoin de lire sur les corps des autres ce qu’on entend pas ou ce qu’on ne dit plus. Petite déjà, j’étais fascinée par les danseurs, ce qu’ils transmettaient avec leur corps. Avec le temps, je suis même devenue une fétichiste des gestuelles. Je suis et reste captivée par ce que peut raconter les mains, les postures, les regards… Les danseurs ont ça en eux. Ils délivrent tant d’émotions par leur simple façon de bouger.

Chatte Chatoyante, elle a ce truc bien à elle, sur scène, elle se déploie, elle se transforme. C’est assez étonnant, car Elodie (de son petit nom), est une jeune femme au gabarit assez menu et petit. Pourtant quand elle se mets à danser, l’espace autour d’elle se remplit. J’ai eu l’occasion de travailler avec elle à plusieurs reprises via des workshops, et je trouve cette artiste, incroyable. Beaucoup d’humilité, bosseuse, j’aime sa sensibilité. Allez ! Je n’en dis pas plus et je lui laisse la parole.

Crédit – Monsieur G

Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter en quelques mots. Quel est ton parcours ? 

Je suis Chatte Chatoyante, j’ai grandi dans le sud de la France et mon outil de travail est le corps. Certains me connaissent via mes performances d’effeuillage burlesque, d’autre m’ont croisé dans les nuits électroniques sous forme de créature. J’explore tout ce que je peux à travers la danse mais je n’ai pas de formation académique. J’ai une formation universitaire dans la communication et le marketing de l’art. Après avoir travaillé derrière un ordinateur quelques années, un burn out m’a fait comprendre que j’avais besoin de m’exprimer autrement.

Tout plaquer pour faire de la danse n’a pas du être facile, et probablement ne doit pas être encore aujourd’hui facile tous les jours, aurais tu un conseil pour les personnes proches d’un burn out qui veulent se lancer dans autre chose ?

Je pense qu’il est essentiel de s’écouter. Quand un mal être se déclare c’est rarement par hasard. Il y a un grand nombre de facteurs qui font que l’on s’enferme dans des situations qui ne nous conviennent pas. Notamment des croyances et pensées limitantes. Personnellement, j’essaie de les combattre en me répétant des phrases qui me rassurent. Par exemple : « Rien n’est définitif » ou « Il n’est jamais trop tard ». C’est un peu culcul mais bon ça fonctionne pour moi.

L’idée est de voir la vie comme un terrain de jeu, de se faire plaisir et de s’affranchir d’une part du regard des autres mais aussi de ne pas avoir peur de remettre en question l’ordre établi. L’idée du « on a toujours fait comme ça » est un non sens pour moi, alors je créé ma propre façon de faire, de vivre. S’il fallait que je donne un conseil ce serait, de s’écouter pour se diriger vers quelque chose qui nous ressemble et il y a de grandes chances pour que ce « quelque chose » sorte des sentiers tous tracés… et franchement ce sont les meilleurs chemins, ils sont plein de surprises foncez !

Crédit : Kalymar

En tant qu’artiste, il y a souvent des rencontres déterminantes qui font que tout bascule, est ce que cela été ton cas ? 

Ma rencontre avec la danse contemporaine sans hésiter. C’est comme ouvrir une porte vers un monde où tout est possible, la liberté est totale. Quelle claque ! Toutes les règles qui étaient établies jusqu’à présent n’ont plus de raison d’être, c’est sortir d’une cage et voir qu’il y a une infinité de façons d’appréhender le monde, la danse.

Comment s’est passé cette rencontre avec la danse contemporaine ? Qu’est ce qu’il s’est passé ? Tu peux nous raconter ?

Comme je le disais, ce fut une claque, une porte vers tous les possibles, comme la découverte d’autres dimensions, d’autres réalités. Ça m’a pas mal secouée, et aujourd’hui encore je n’en suis pas ressortie indemne. Pas sûre de réussir encore à mettre des mots dessus. C’est un ressentis très intime et profond. Cela reste une expérience vraiment personnelle.

Y a-t-il des créateurs (actuels / anciens) dont tu aimes beaucoup le travail ? Quelles sont tes influences (peinture, musique, cinéma, photo…)?

FKA Twigs, une artiste qui a créé un univers total via la musique, la danse et ses clips. La beauté avec une étrangeté fascinante. C’est une Bjork du RnB et du vogging. Côté danse Pina Bausch qui fait ressortir dans ses œuvres une authenticité criante, la vie.

Crédit Hugo St Laurent

Peut tu nous parler de tes performances, de la danse ?

J’ai un univers esthétique, visuel. J’imagine moi même mes costumes et j’aime incarner des créatures, des personnages. Parfois rétro, glamour, parfois étranges. Quant à ma danse, elle est intuitive, viscérale et organique. Je voyage souvent entre une douceur aérienne et des rugissements incontrôlés. On pourrait penser que mes coiffes imposantes, le maquillage et la sophistication de mes costumes est une façon de se cacher derrière des personnages mais je pense que c’est le contraire. Ils ont pour moi une forme d’art et une extension de ce qui est intimement moi.

Comment ça a débuté ? Quelles sont tes valeurs ? Tes envies ? 

J’ai toujours dansé. J’ai 6 ans quand je monte pour la première fois sur scène. En 2009, je rencontre John Ouanounou, nous avons 20 ans et nous créons notre collectif Montstart. Il est DJ et mes premières performances prennent vie en club, de l’effeuillage burlesque sur des beats électroniques.

Aujourd’hui, Monstart existe toujours et je travaille en solo en parallèle. Les valeurs n’ont pas changé depuis : la fête, partager quelque chose de vrai, donner. Aussi, ne pas oublier que monter sur scène est un acte politique, et ça peut paraître étrange mais de nos jours diffuser de l’amour, des formes alternatives de beauté et de la bienveillance, est vital. Pour ne pas oublier l’essentiel.

Tu dis  » ne pas oublier l’essentiel », c’est quoi pour toi l’essentiel ?

L’amour !

Tu évoques un acte politique dans tes performances, y a t-il d’autres artistes performeurs engagés que tu apprécies pour ces prises de risques ? 

Kiddy Smile, un activiste Queer qui évolue dans la scène ballroom parisienne. Et plus localement Support Your Local Girl Gang un collectif qui rassemble les artistes de la scène Montpelliéraine, qui prône l’entraide et qui offre des événements bienveillants et inclusifs.

Encore une fois, pour en revenir à la question précédente, je trouve ça fou que prôner la bienveillance, soutenir les autres dans leur singularités, soit à notre époque un acte politique. C’est juste la base de la vie. J’ai l’impression que les normes de la société ont lissé toutes les individualités et que c’est devenu un combat de se réapproprier nos identités.

Tu travailles sur quoi en ce moment ? Des projets à venir ? Des envies particulières pour la suite?

En ce moment je travaille sur une création en duo avec une musicienne talentueuse, Anne-Flore Bernard, elle est altiste. C’est l’occasion pour moi d’explorer, à travers la danse contemporaine et l’effeuillage, le stéréotype de la showgirl et déconstruire certaines formes de beauté et d’esthétisme prédéfinis. Un spectacle en format long mais adaptable en cabaret sous forme de fragments de 5-10 minutes. Je garde cependant l’envie de continuer à diffuser la danse contemporaine en boite de nuit, une sorte de gogo dancing futuriste. Je ne lâche pas non plus les formes de performances participatives ou immersives en contact direct avec le public.

Demain, un couple te contacte, car ils vont se marier et aimeraient que tu proposes une animation / performance. Qu’est-ce que tu leur proposerais ?

Justement en parlant de performance participative, je leur proposerais certainement « Fortune Wheel ». J’installe un décor au creux d’une tente feutrée, ouverte sur un côté. Les invités et les mariés peuvent entrer un par un et tourner la roue de la fortune. Une danse, un câlin, un shot, un cadeau, une fessée… le hasard décide et ça crée tout de suite une bonne ambiance entre les participants (mal)chanceux et les spectateurs qui attendent leur tour. C’est une forme qui s’adapte bien aux événements festifs car ce n’est pas un spectacle que l’on est obligé de regarder. J’ouvre ma tente quelques heures et les rencontres se font.

Quel est le projet le plus dingue que tu aies pu faire ?

J’ai été invitée par l’artiste peintre Al à performer au centre de son exposition au Carré Ste Anne à Montpellier (NDR une vidéo de l’expo dispo ici ). C’est une église désacralisée et ses œuvres immenses étaient animées par un mécanisme relié au tourniquet géant sur lequel je dansais. La musique était jouée par l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, accompagné par la chanteuse lyrique Christine Craipeau. C’était incroyable. J’ai d’ailleurs rencontré, ce soir là, Anne-Flore, musicienne avec qui je suis en création actuellement. Merci Al !

Imagines tu as no limit en budget, quel projet fou tu révérais de faire ?

Je pense que j’ouvrirais un lieu. Lieu de vie, de création et de spectacle. Mi atelier, mi cabaret contemporain. Un laboratoire queer où l’on peut tester, se rencontrer, être nous même, se tromper. J’ai souvent des idées qui sortent du cadre, j’aime la pluridisciplinarité et surtout à Montpellier, il manque ce type d’endroit où l’on peut prendre des risques.

Tu dis que ça manque à Montpellier, tu en connais ailleurs des lieux de ce type ? 

Malheureusement non.

Avec qui révérais tu de collaborer ?

J’adore collaborer. Les rencontres artistiques fortes décuplent ma créativité. J’ai commencé il y a un an à tester la collaboration entre performance et gastronomie. J’aimerais collaborer avec des chefs sur une série de performances. J’ai fait la première collab avec Mary Cherry, elle fait de la pâtisserie et a son propre univers. Sur le comptoir qui me servait de scène, entourée de fruits et sucreries, je donnais de la nourriture au public sous la forme d’un rituel dansé.

Dernière question, c’est une carte blanche, tu peux nous dire tout ce dont tu as envie. Un coup de cœur, comme un peu de pub ! c’est toi qui choisit ! 

Passez donner de l’amour à Django Moon sur Instagram, baby drag né il y a quelques jours à peine (NDR : De la maison « Casa Del Fion » gérée par Fiona Del Fion). Clem, un.e artiste pluridisciplinaire et une âme solaire à suivre. ( le lien https://www.instagram.com/django.moon/)

Son insta 
www.instagram.com/chattechatoyante

Crédit : Jennifer Gouton