Je suis super méga contente de vous présenter une artiste hors du commun dans ce billet. J’ai découvert son univers il y a quelques semaines, et je suis littéralement tombée sous le charme.

Je l’ai – par la suite- rencontrée et ce fut une vraie belle rencontre ! Voici donc, sans attendre une petite interview home made  pour vous présenter Bénédicte de la ligne 29 ! Avec quelques unes des photos que j’ai pu faire dans son atelier  lors de notre rencontre. Atelier qui se trouve rue de l’aiguillerie à Montpellier ! A ne rater sous aucun prétexte !

Perso je suis MEGA – FAN de son univers !!!

Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter en quelques mots. 

Je m’appelle Bénédicte, j’ai quarante ans, je suis diplômée en photographie et graphiste autodidacte. Je suis créatrice et directrice artistique de la marque de décoration « La Ligne 29 ».

Quel est ton parcours ? En tant qu’artiste, il y a souvent des rencontres déterminantes qui font que tout bascule, est ce que cela été ton cas ? 

Après un bref passage en fac d’arts plastiques, je décide de tout quitter pour suivre mon rêve, devenir photographe. J’obtiens mon CAP en 2001 et monte ma boîte avec mon mari (photographe lui aussi) dans la foulée. 

Nous nous spécialisons dans la photo de mariage que nous avons envie de révolutionner. Notre boulot faisait parler, ça marchait bien, nous avons même photographié quelques mariages de stars… En parallèle je bossais dans l’imprimerie où je testais de transformer mes créas photoshop en cahiers, carnets et autres supports papier.

Ma rencontre déterminante ? Adobe Photoshop. Lorsque j’ai testé ce logiciel au début de mon apprentissage photo, j’ai tout de suite compris que j’allais passer ma vie à créer avec ce fabuleux outil.

Y a-t-il des créateurs (actuels / anciens) dont tu aimes beaucoup le travail ? Quelles sont tes influences (peinture, musique, cinéma, photo…)?

 Je suis de près la haute couture. Je rêvais de rencontrer Karl Lagerfeld que j’admirais. Il me reste encore Jean Paul Gaulthier dont la folie m’inspire beaucoup et que j’aimerais croiser un jour. J’aime tous les Tim Burton évidemment, Dracula de Coppola, les séries comme Six feet under, Peaky Blinders, les séries historiques pour les costumes et décors… La musique et les clips m’inspirent énormément. Mais pour créer il faut qu’elle soit riche et puissante. Ça va du heavy métal à la musique classique. 

Quant à la peinture… Elle me fascine. Surtout la Renaissance. Mon peintre favori est Carlo Crivelli. J’en suis complètement dingue. J’étudie aussi le siècle d’or espagnol et la Renaissance flamande. Toutes les inspirations de cette époque résonnent, me parlent. C’est pourquoi j’essaye d’étudier et comprendre tout ce que je travaille.


Peut tu nous parler de
la ligne 29 ? Comment ça a débuté ? Quelles sont vos valeurs ? Vos envies ? Qui fait parti de l’équipe ? Que trouve ton dans l’atelier rue de l’aiguillerie ? 

La Ligne c’est ma rencontre avec Bruno et Nicolas. Après une expérience difficile avec mes deux premières associées je décide de tout arrêter. Bruno et Nicolas étaient mes premiers revendeurs à Montpellier. On a très vite tissé des liens et quand ils m’ont vu baisser les bras ils m’ont proposé de continuer avec moi. Je ne regrette tellement pas ! Nos valeurs sont la déconnade avant tout ! On aime partager nos bons moments sur les réseaux sociaux, l’évolution de notre travail… Et puis l’amour du travail bien fait, la qualité, et le courage, l’envie d’y arriver, jamais lâcher même si c’est très dur parfois. Personnellement ça a été très difficile par moment pour ma famille et moi. Nous avons deux fils (un de 16 ans et l’autre de 11 ans) et nous avons traversé ensemble des périodes de disette (et je pèse mes mots) mais nous avons tenu le coup et aujourd’hui nous commençons à récolter les fruits de notre dur labeur. 

Au 29 Rue de l’Aiguillerie il y a Bruno, Nico, Pascal (mon mari) et moi. Les hommes gèrent les clients et les commandes pendant que je crée les collections. Et on reçoit nos clients dans un joyeux bordel. 

Lors d’une discussion ensemble, j’ai été fascinée par ta façon de parler de la peinture ancienne, cette faculté que tu as à aller farfouiller dans le passé, pour trouver des pépites. Qu’est ce qui te plait dans ce travail de recherche ? Qu’est ce qui te fascine dans la peinture ancienne ? 

Ce qui me fascine le plus c’est la modernité qu’il y a dans la réalisation d’une œuvre peinte en 1400. Comment peut-on peindre avec autant de précision avec si peu d’outils et de pigments ? Comment peut-on avoir autant d’imagination sans voyager, sans internet, sans cinéma et si peu de musique ? 

J’aime découvrir de nouveaux peintres au hasard de mes recherches dans les livres, musées et internet. J’essaye de mixer les styles et les époques en faisant attention de garder une cohérence et en allant chercher des éléments pointus. 

Et puis trouver LE truc que peu ou personne ne connaît, LE truc barré et bien mystique, blasphématoire et/ou coquin, c’est ce que je préfère. Le but est de faire réagir, en bien ou moins bien, peu m’importe, l’essentiel c’est de faire de belles et riches collections. 

Ton travail semble évoluer au fil du temps, ton esthétique s’affine, et le mélange des genres devient de plus en plus étonnant. Quel est ton processus créatif, comment choisis tu tes sujets ? Quels sont tes outils de prédilections ? 

En fait plus le temps passe et plus j’intellectualise ma démarche. Ça se fait naturellement finalement puisque j’ouvre des livres, je vais dans les musées, je regarde Arte… On va dire que c’est la sagesse de la quarantaine ! Mais souvent je fais mes recherches le soir sur mon tel et je craque sur un tableau et son auteur. Du coup j’étudie l’œuvre du peintre et je choisis le tableau. Des fois je le garde sous le coude pour plus tard. J’ai en permanence au moins 10 peintures dans ma tête. Et puis après 7 collections réalisées depuis le début de LL29 j’arrive à savoir ce qui va fonctionner et ce qui va faire parler. Je sais exactement les 5-6 visuels qui vont fonctionner et véhiculer l’image de la marque. Tout est réfléchi et calculé. Ça ne veut pas dire que mon boulot est uniquement commercial, car sur les 20 créations de la prochaine collection les 3/4 sont juste mes envies, des coups de cœur, des recherches persos. 

Le combo parfait : Photoshop+wacom (ma tablette graphique).

Je viens de boucler ma collection de septembre et c’est la première collec réalisée avec ma tablette graphique. J’avais peur de changer mon matériel, peur de changer mes habitudes. Évidemment ce nouveau procédé est juste fabuleux ! 

Sur tes perso, tu rajoutes souvent des tatoos, qui sont ceux que tu portes, pourquoi un tel choix ? de quoi causent -ils ?

J’aime bien tatouer ces corps tout pâles et bien en chair. C’est tout de suite plus rock n’ roll. Ça rend les personnages un peu plus modernes. Je colle mes tatouages à certaines de ces femmes peut-être pour signer plus profondément, pour me les approprier. Je me dévoile à travers certains choix créatifs, des fois je cache des trucs aussi. Jusque là mes propres tattoos n’ont pas vraiment de sens. C’est surtout des coups de tête. Mais au final ça devient une espèce de frise chronologique, le souvenir de mon parcours. Mais j’ai des idées pour les prochains : 2 madones de… Crivelli !

Tu étais au Hellfest l’an dernier avec un stand ! Comment s’est passé cette aventure ?

Le Hellfest… Quelle histoire ! En fait c’était un challenge. Tout le monde me disait d’y participer car le style de mes créas collait parfaitement. Sauf que pour avoir une place c’était mission impossible ! Mais plus c’est dur, plus ça me motive. Notre style a séduit et nous avons eu la chance de participer à cet événement de dingue. J’ai découvert un monde de métalleux au cœur tendre ravis de trouver des crânes sur du velours. C’était 4 jours de fou, de musique, de rencontres, de poussière, de camping, de bière et de rire…

Tu travailles sur quoi en ce moment ? Des projets à venir ? Des envies particulières pour la suite, j’ai cru comprendre que Marilyn Manson au hellfest a créé un déclic en toi ?

En ce moment je boucle ma collection. C’est à dire que j’adapte tous les visuels sur nos différents produits, je vais faire le catalogue, la com, préparer notre stand de Maison et Objet Paris (en septembre)… Un autre style de créativité, moins freestyle, plus technique.

J’ai aussi une collaboration intéressante qui se profile. Je peux pas trop en parler pour le moment mais j’ai hâte !

On bosse aussi sur une nouvelle marque. Un univers sombre. C’est le concert de Marylin Manson qui m’a ouvert des cases… Ça fait un an que je crée ce projet dans ma tête et qu’on en discute avec l’équipe. C’est bientôt l’heure de dévoiler ça. Faut juste trouver le temps !

Entre les collections, la recherche de fournisseurs, le développement des nouveaux produits pour 2019-2020, les livraisons, les salons… pas évident !

Sur votre site, on y trouve la liste de vos revendeurs, dont certains aux States, Canada, Japon, Russie, Royaume Uni, Autriche … ça marche plutôt bien ! c’est quoi l’étape suivante ? 

Oui on commence à s’exporter et surtout à fidéliser nos clients. Notre marque a le vent en poupe semble t-il et les nouvelles collections sont de plus en plus attendues (pression). La prochaine étape c’est le développement de beaux produits de déco et accessoires de mode plus haut de gamme. Et puis réduire nos délais de fabrication afin que nos revendeurs soient un peu moins souvent en rupture de stock.

Demain, un couple te contacte, car ils vont se marier et aimeraient que tu sois la directrice artistique qui se charge de leur déco. Qu’est-ce que tu leur proposerais ?

Du baroque, des fleurs et des corps surdimensionnés sur les murs, Adam et Ève nus et tatoués, Psyché et Cupidon, des représentations de l’amour, de l’érotisme et de la décadence ! 

Quel est le projet le plus dingue que tu es pu faire ?

Pour l’instant tout me semble assez normal et dans la suite logique des choses. Rien d’extraordinaire mis à part le fait de partager mon travail et mes idées avec tant de monde. C’est tout ce dont je rêvais qui se produit. Mais je suis encore loin des objectifs que je me suis fixé.

Imagines tu as no limit en budget, quel projet fou tu révérais de faire ?

Un stand de fou sur Maison et Objet. Une mise en scène d’au moins 100 m2 pour présenter une collection. Avec des échassiers, un train fantôme, des hologrammes, des tatoueurs, des musiciens, le cirque de LL29 ! Et puis un tram aussi. Enfin pour ça il y a un concours bientôt, et je vais y participer même si j’ai peur de perdre.

Dernière question, c’est une carte blanche, tu peux nous dire tout ce dont tu as envie. Un coup de cœur, comme un peu de pub ! c’est toi qui choisit !

D’abord merci pour tes questions. Ensuite je vais faire la jeune quadragénaire future conférencière en quête de transmission : le plus important c’est d’y croire, d’avancer et de visualiser ses objectifs. Regarder, écouter, s’inspirer de tout ce qui nous entoure. Il faut faire confiance à son intuition et capter les énergies qui circulent autour de nous. Il y a plein de messages et de signes à capter. Il faut juste enlever les œillères qu’on a parfois tendance à se mettre. Créer, créer, créer, apprendre, sortir, lire, aller dans les musées, au cinéma, dans les bibliothèques, les brocantes… L’inspiration est partout. 

That’s all folks !